Revue 41-42 – Célébration

15,00


Revue 41-42 - Célébration 1
Revue 41-42 - Célébration 2

Revue toute en couleur avec les peintures de Najia Mehadji. Depuis sa naissance, chaque numéro d’étoiles d’encre est illustré par une artiste, peintre ou photographe.

Publié en 2010
ISBN : 9782914467612 Catégorie :

Description

C’est en novembre 1999 que quatre femmes des deux rives ont lancé l’idée folle de créer une maison d’édition.
C’est le 18 janvier 2000 qu’elles l’ont réalisée.
Cela fait donc dix ans de folie.
Dix ans d’enthousiasmes, de déceptions, de renouveau, de découvertes.
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Dix ans de constance dans l’effort et l’entêtement. Malgré les obstacles nombreux et toujours surmontés. Dix ans de mots partagés. Dix ans de rencontres. Dix ans d’effervescence. Dix ans d’amitié. Et voici Etoiles d’Encre sous le sceau de ces dix ans d’aventure qui ont mené à ce numéro. Celui de la maturité et peut-être celui de… l’excellence.
Dossier Najia Mehadji
Depuis sa naissance, chaque numéro d’étoiles d’encre est illustré par une artiste, peintre ou photographe. Pour célébrer cet anniversaire, nous voulions symboliquement une femme des deux rives et nous rêvions d’une peintre reconnue. À l’exposition [email protected], nous en avons découvert quelques unes.
Peggy Inès Sultan , qui participe activement à cette revue depuis son entrée dans la carte blanche de Karima Berger, connaissait l’une d’entre elles et c’est grâce à cette amitié de longue date, qu’elle nous ouvre les portes de l’univers de Najia Mehadji.
Le texte qui précède l’entretien est le reflet de l’immersion de Peggy Inès Sultan dans le monde pictural de Najia Mehadji. Une immersion de quatre mois, une rencontre exceptionnelle entre deux générosités, celle de la poète et celle de la peintre que nous vous laissons découvrir.
Revue toute en couleur avec les peintures de Najia Mehadji, 120 illustration couleurs.

ls peuvent brûler leslivres, censurer toute expression libre,

ils n’effaceront pas lamémoire des paroles et des textes.

Martin Beradt[1]

Créer une maison d’édition ex-nihilo, quelle est cette folie ? Bien sûr, d’autres que nous ont été atteints de cette maladie, en tous temps. Mais c’est de nous qu’il s’agit, ici.Nous des femmes méditerranéennes avec nos passions et d’abord celle de la littérature. La Lettre. Cette alliance. Cette demeure. Ce continent. Cette déraison, réalité et illusion. Ceci qui passe de l’ancrage tangible à la volatilité. Du concret à l’imaginaire. La littérature, montagne forêt ciel mer horizon… Avoir ce privilège là d’être au cœur – dans le cœur ? – du conte, du verbe, de la surprise, du monde vrai, faux, onirique, travesti et, pourtant, prenant le réel de toutes parts comme une embarcation prendrait l’eau. Et puis, la découverte incessante, de l’écrivain, du personnage, des personnages. Etre dans cette intranquillité permanente pour ceux qu’on n’a pas pu lire, pour ceux qu’on ne lira pas, pour ceux qu’on a lus. Pour tous ces gens fictifs, existants ou ayant existé qui dorment de leur sommeil de papier dans les manuscrits qui s’empilent. Et nos cœurs chavirés devant l’ampleur. Et toutes, toutes, qui ont écrit, réécrit, relu, corrigé, recorrigé, balancé leur va-tout, qui attendent,  appellent, apostrophent, exigent, prient… un signe, un mot, des mots. Ces mots qu’on ne peut pas dire, qu’on n’a pas le temps, qu’on dit enfin…
Créer une maison d’édition, oui, quelle est cette folie ? Avec nos vies entre les textes. Avec nos vies entre les rives. Nos passages d’un lieu l’autre, nos fardeaux, nos sauve-qui-peut, nos consciences itinérantes, nos cœurs vagabonds. Nous voulions le large et l’ailleurs, nous voulions l’ici et le là-bas, le déplacement buissonnier, la pensée en errance. Pas d’espace assigné mais être dedans et dehors, être dans cet entre-deux, cet entre-lieux, être chez-soi et hors chez-soi, embrassant d’une même envie l’un et l’autre. Nous voulions une passerelle, un pont, un viaduc, une arche, un brise-lames… entre les terres, au-dessus de laMéditerranée. Nous voulions le hors champ, le hors langue et côtoyer les exils des transfuges qui traversent les territoires de la langue…
Mais quelle est donc cette audace ? Comment construire un tel rêve ? Le matérialiser, le faire vivre dans la durée ? Sans moyens, sans d’autres moyens que la certitude d’y croire. Et le rêve s’est écrit, s’écrit encore… Comment s’est mobilisée,  transformée cette fragilité fondamentale des sans argent à laquelle peu auraient donné crédit ? Dont peu auraient assuré le cours ? Une audace qui, aujourd’hui, a dix ans ! Janvier 2000 une idée prend la forme d’une création officielle, mars 2000 le premier numéro d‘Etoiles d’Encre est au Salon du Livre de Paris. Cette Outre mère bleue où naviguent les mères de la Méditerranée du Nord et du Sud. Plus que d’autres, ce numéro fut un signe, il eut un succès immédiat malgré ses imperfections techniques. En mars2001 notre premier roman paraît avec la création d’une collection. Puis deux, trois collections et Etoiles d’Encre qui continue d’accueillir la libre expression du rêve des autres, de la mémoire et de l’art des autres. Nous avons forgé nos convictions dans cet intervalle étroit où nos enthousiasmes, notre ténacité, notre travail négociaient leur place avec la faiblesse de nos moyens.Nous avons forgé nos dix ans sur ce tremblé de l’aventure dans un univers où rien n’est donné, pardonné, assuré mais où nous avons, néanmoins, tracé de schemins, parcouru des distances, franchi des portes, souvent sous l’orage, sans que jamais nos songes et nos idées n’en soient obscurcis.
Notre démarche, celle qui nous amenées à ces dix ans, nous entraîne sans cesse à pousser les frontières, à débusquer des écritures, des talents. Il n’y a pas d’achèvement à la découverte, à l’étonnement, à l’émotion, dans ce métier là. La quête est incessante. Elle nous a conduites, dans ce numéro, jusqu’à l’œuvre magistrale de Najia Mehadji et aux répons de Peggy Sultan, à des textes aussi beaux que A love supreme que nous livre Karima Berger ou La petite dame aux fleurs si bellement douloureux de Marie Malaspina. Comment les citer tous ? Ils sont à découvrir, ici, comme doivent l’être nos derniers livres : « Liens de sang » de Janine Teisson, « Et la lumière en ces jardins » deCatherine Rossi, deux romans, deux sensibilités indicibles dont les mots, de longtemps ne nous quittent, ou encore cette belle correspondance entreDominique Godfard et Christiane Aguiar : « Vous vieillissez ? Nous aussi… »où se côtoient l’humour et l’élégance de deux dames de l’écriture. Et encore, ce livre de notre temps, de maintenant, ici, au titre qui s’épelle comme une sentence, burqa, cet enfermement que Wassyla Tamzali et Claude Ber déclinent chacune selon sa sensibilité ; et d’autres, d’autres…
Nos songes, nos idées c’est d’être présentes parmi le peuple des passeurs. Les passeurs de gestes et de paroles cosmopolites, d’identités plurielles, femmes et hommes confondus. Nos songes, nos idées c’est d’être ce lieu de présences multiples alors même et surtout parce qu’elles sont tragiquement absentes des sociétés qui se veulent closes, monolithiques, endogames, mais qui pourtant ne peuvent jamais l’être tout à fait ; nos songes nos idées c’est la conscience, la volonté, le désir, d’être au carrefour du féminin-masculin car nous ne voulons pas des silences sur les meurtrissures des femmes.
Alors, la vie vibrante d’une édition de femmes peut être cette alerte opiniâtre qui se glisse dans les pages des livres ; pour sortir de soi, s’arrêter un peu, changer peut-être de point de vue, ouvrir une brèche qui laisse passer sous la poésie, des vents de liberté, un espace où se transforment, se brisent les distances entre les femmes et les hommes, entre l’étranger et l’indigène, … Un lien dans le  lien : une édition pour allier l’écriture et le passage des seuils.

Behja Traversac


[1] Martin Beradt, écrivain,cité par Nicole Lapierre dans Pensons ailleurs, Stock, 2004, p. 24
 

Rencontre entre Peggy Inès Sultan et Najia Mehadji

Peggy Inès Sultan : Najia, tu partages ta vie entre Essaouira et Paris, est-ce une façon de mieux assumer ta double identité, mère française chrétienne, père musulman marocain, ou est-ce davantage un besoin, une nécessité imposée par ton travail en peinture ? T’es-tu jamais sentie « en exil » dans l’un ou l’autre pays ou est-ce un sentiment qui t’est étranger ?
Najia Mehadji : J’ai commencé à exposer au début desannées 80 tant au Maroc qu’en France et, depuis une vingtaine d’années, je vis entre Paris et Essaouira, avec Pascal Amel 1 (qui s’est très tôt investi auMaroc : il a créé, entre autres, en 1998, le premier Festival de la culture des Gnaoua, à Essaouira). Pour moi, l’exil ce serait de ne plus pouvoir peindre.L’art est mon « territoire » privilégié. En 1990, j’ai vécu un moment difficile, mon atelier parisien a brûlé dans un incendie, mais j’ai continué à peindre n’importe où : dans un hôpital désaffecté, l’été dans un préau d’école, puis dans différents ateliers à Paris et au Maroc, etc.
P. S. : Il y a une grande cohésion dans ton parcours qui n’exclut pas l’audace de plusieurs ruptures, mais cette percée fulgurante de la Suite Goyesque, coulée et voilée au sein de corolles chromatiques ardentes, m’atout l’air d’un engagement plus radical, avec la « figuration » virtuelle, dans notre univers de désastres !
N. M. : Je pense qu’il y a toujours engagement chez l’artiste, mais il est vrai que, depuis le début des années 90, la fissure entre le monde arabe et l’Occident, s’est approfondie, d’abord avec la guerre du Golfe puis, dans la foulée, avec les horreurs commises en Bosnie lors de « l’épuration ethnique » contre les musulmans, en Europe, à nos frontières, quasiment sous nos yeux ! Dès 1993, devant la destruction du patrimoine bosniaque, j’ai décidé de faire des dessins et des peintures sur le thème de la coupole, à partir de photos que j’avais prises de l’Alhambra à Grenade, mais aussi à partir d’autres coupoles de par le monde, provenant de cultures ou de religions diverses.
P. S. : Je pense aux coupoles des monastères grecs… des premières églises coptes… la basilique…
N. M. : Oui, entre autres, puis, en 1997, alors que j’étais auMaroc à l’Institut Français de Tétouan pour réaliser un livre de gravures et de poèmes sur le thème du Végétal, le drame bosniaque s’est intensifié. Un matin, dans un café, je vois à la télévision ce qui se passe à Srebrenica : des hommes qu’on sépare des femmes pour aller les massacrer ! Ces images venaient d’un autre âge et personne dès lors n’a pu empêcher ce génocide perpétré, pour ainsi dire, devant les caméras ! Un véritable choc, et il m’a fallu dix ans pour que cela s’exprime enfin dans mon travail. Lorsque j’ai commencé à réaliser les œuvres numériques à partir des gravures de Goya, Les Désastres de la Guerre, toute cette abomination est ressortie et j’ai inséré, dans une de ces images, une scène de viol qui avait été, ni plus ni moins, une des stratégies de guerre orchestrées par les Serbes ! J’avais d’ailleurs assisté à Paris, quelques années auparavant, à une manifestation de femmes contre ces viols, mais aucune personnalité politique ne s’était déplacée et peu d’échos dans les médias, c’était pourtant une manifestation immense.
P. S. : Le viol des femmes bosniaques par « inoculation ethnique», si j’ose dire, un énorme refoulement… Tes War Flowers, comme un hommage aux victimes de cette catastrophe… des catastrophes qui ne cessent de se multiplier, oui, la morbidité et l’indifférence, données en pâture à nos yeux…mais, par bonheur, ce n’est pas le même regard que tu soulèves chez le spectateur, ton alchimie nous donne envie de ne voir l’horreur… qu’en peinture! Qu’est-ce qui a motivé ton choix de la Tauromachie, à la fois ballet, provocation et affrontement entre l’homme et la bête… ?
N. M. : Quand je me suis intéressée aux gravures que Goya a faites sur la Tauromachie, je me suis aperçue que les sept premières gravures concernaient des Maures qui toréaient en Andalousie. Goya a trouvé cela dans un livre du xviie siècle d’un certain Moratine qui a écrit sur l’origine de laTauromachie où il soutient que celle-ci est arabe, arabo-berbère… et que ce sont des Maures qui ont toréé les premiers en Andalousie, avant que la codification « moderne » de la corrida ne s’effectue réellement. Goya s’en est inspiré pour faire les toutes premières gravures de sa série et j’ai eu envie de mettre cette part de l’Andalousie en avant…
P. S. : J’y vois encore une mise à mort… ce corps à corps troublant, cette valse d’individus qui s’étripent… une cohésion atroce.
N. M. : Il y a d’autant plus cohésion que Goya a fait la série des gravures sur la Tauromachie après Les Désastres de la guerre… Mais en fait, pour moi, le taureau, c’est Goya, c’est un peu l’artiste avec sa pulsion.
P. S. : Quelle vigueur ce désir qui exalte ce qui le tourmente et fustige ce qu’il condamne…
N. M. : Goya est devenu sourd à quarante-six ans à la suite d’une méningite et a dû vivre avec cette infirmité durant de longues années :ça a dû être d’une grande violence pour lui, la surdité, et une solitude terrible…Pour moi le Taureau c’est lui, dans l’enfermement de sa création et dans l’affrontement avec l’extérieur, qui demande une certaine, je ne dirai pas violence, parce qu’il n’y a pas, à proprement parler, de violence dans le travail de l’art, mais exigence extrême envers soi-même. Parfois il faut aller chercher loin certaines choses…
P. S. : Il y a arrachement, malgré tout.
N. M. : Oui, bien sûr, il y a un certain arrachement à la vie et beaucoup de temps passé à travailler seul pour créer, avec la conscience aussid’être en marge, un peu comme le taureau dans l’arène..
P. S. : Il y a lutte…
N. M. : Il y a lutte aussi pour la reconnaissance, pour la visibilité d’un tel travail. Il y a toujours cette coupure totale entre l’artiste dans son atelier et la façon dont les gens le perçoivent, à travers, par exemple, les mondanités, et cela s’applique encore plus aux femmes… Elles ont beaucoup plus tendance à se cantonner dans leur atelier : elles font corps avec le lieu et tout l’investissement que nécessite le social, assister à des vernissages, rencontrer des gens, faire des démarches, etc., elles le mettent souvent de côté.
P. S. : Se faire connaître, vendre son travail sans complexes…oser prendre une autre place, quitter le confinement du privé où elles entretiennent le « mental furniture » (Virginia Woolf 2), le « mobilier »mental, l’intérieur domestiqué…
N. M. : Oui, vendre son travail pour un peintre est compliqué, c’est pour cela que les marchands existent !
P. S. : Et puis aussi se confronter au monde masculin qui domine le marché de l’art, non ?
N. M. : Absolument, c’est plus difficile pour elles….
P. S. : Mais alors comment t’en sors-tu de cette confrontation qui répugne à certaines femmes ?
N. M. : Eh bien ce n’est pas évident… toi quand tu écris et que tu publies, tu n’as personne en face de toi qui lit ton livre, tu es seule avec toi-même… lorsqu’un artiste expose, le soir du vernissage, il est parmi ses œuvres et les gens regardent ces œuvres et lui disent : « Voilà, ça me plaît, ça ne me plaît pas… ».
P. S. : Oui, dans ton cas, les réactions sont immédiates… Pas de distance, une autre « temporalité »… Le visuel est d’emblée absorbé même s’il n’est pas, dans un premier temps, compris.
N. M. : Une œuvre nécessite tellement de temps à être vue que personne ne peut découvrir ce qui est au mur, à la va-vite… Tu sais, il ne suffit pas de regarder pour voir !

284 pages 
120 illustration couleurs 
  
 

Détails du livre

Poids0.3 kg
Dimensions2 cm
Editeur

Éditions Chèvre-feuille étoilée

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