Revue 21-22 – Poésie et révolte

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Poètes vos papiers ! écrivait il y a 20 ans Léo ferré…

Publié en 2005
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Description

« Poètes vos papiers ! écrivait il y a 20 ans Léo ferré. Si Jean Sénac avait croisé son chemin, il aurait souri. Et Mahmoud Darwich donc ! […] Au fil de ce numéro très rebelle » d’Etoiles d’Encre s’élèvent les stridences des révoltes du poème auquel nul ne peut tordre le cou.

 

Poètes vos papiers ! écrivait il y a 20 ans Léo ferré. Si Jean Sénac avait croisé son chemin, il aurait souri. Et Mahmoud Darwich donc ! Oui, c’est bien ça… sortons toutes et tous nos papiers, le plus souvent fragments de cahiers déchirés, restes de feuillets passés à l’imprimante qu’on tatoue de mots au verso, ou bien copies d’élèves vieilles de… comme le faisait mon ami Jean Pélégri… J’ai même trouvé à l’intérieur de ses petites notes poétiques un bulletin de vote pour… non, je ne vous le dirai pas… Tickets de métro affirmait Leïla Sebbar, un peu trop petits, surtout à l’époque joyeuse où on les trouait encore, trop petits pour la plupart d’entre nous qui leur préférons l’agenda toujours au fond du sac à malices qui ne nous quitte pas. C’est vrai, un poète ça écrit sur n’importe quoi. Ça écrit sans y songer.

” Poètes vos papiers ! ” S’il y a bien un diplôme qu’on ne vous décerne dans aucune université, c’est celui-là. Un diplôme découpé selon les proportions du nombre d’or dans du parchemin d’horizon ? Profession ? Poète… vous voulez rire ? L’ange Heurtebise de Cocteau lui, l’avait compris, qui enjambait la paroi liquide des miroirs pour n’avoir aucun compte à rendre de ce côté-ci. Mais nous qui ne sommes pas des anges, c’est de ce côté-ci que nous écrivons justement. On ne nous a rien demandé, nous le savons mais nous le faisons quand même par pure tentation d’ivresse et d’utopie. Et la révolte me direz-vous ? On y vient, voyez plutôt.

Oui… prenez par exemple… Michaux, vous savez : ” Baobabs beaucoup baobabs/ baobabs/ près, loin, alentour,/ Baobabs, Baobabs… ” Si, si, vous voyez de quoi il s’agit. Ça parle des Nègres, de l’Afrique, de… de quoi au fait ? Ou bien si vous préférez quelque chose de plus explicite, des mots bien pensés, bien pesés, comme un problème de mathématiques dont toutes les données sont froidement écrites, voici : ” Je vous écris du pays de l’atroce, je vous écris de la Capitale à la foule endormie. (…) Sachez-le aussi : Nous n’avons plus nos mots. Ils ont reculé en nous-mêmes. ” Oui, nous écrivons de ce côté-ci de l’horreur et de la haine, de ce côté-ci des soleils qu’on fait éclater dans les têtes, de ce côté-ci des caves, des parkings, des poubelles et des escaliers d’un monde à moitié mort et nous écrivons avec la joie farouche des apprentis coloristes dans les ateliers des ingénieurs d’encre.

Entre fête et dé-fête, il n’y a qu’un coup de dés, n’est-ce pas ? Alors n’attendez pas, faites vos jeux comme Fançouille le bouffon de Baudelaire qui bouffonnait si bien la mort. Aujourd’hui la poésie qui n’est pas soupe de nouilles n’a plus le choix de toute façon. Soit elle craque de toutes parts ses allumettes en acceptant les risques de poudrerie, soit elle est fusillée à bout portant sur les murs des cités, des entrepôts, des usines désaffectées, des gares et des tunnels SNCF, par des bombes aérosols qui n’attendent plus rien d’elle et de ses souteneurs. Il ne s’agit plus d’être voyant, il s’agit d’y voir encore au travers de la brume rouge sang. Ce que nous tentons de faire avec le texte de Valérie Meynadier dédié à une femme de Palestine, rendant hommage à un peuple qui vient de perdre l’homme qui l’a guidé durant cinquante ans vers sa dignité et sa liberté comme nous l’envoie en pleine figure avec une grande force évocatrice et colorée le film Les portes du soleil tiré du roman d’Elias Khouri dont il est question ici, ainsi que du Soleil assassiné où Jean Sénac le poète renoue lui aussi avec l’exil qui est sans demeure.

Et pour ce numéro très rebelle des Etoiles, une balade du côté des cités de banlieues avec le livre de Nora Hamdi Des poupées et des anges, qui nous fait traverser l’histoire d’une famille maghrébine où trois filles et leurs copines racontent de l’intérieur ce que c’est que de devoir aujourd’hui grandir ” là ” et apprendre à y négocier une adolescence entre brutalité du réel et désir de s’imaginer autre. De la langue très moderne de Nora et très banlieue aussi dans sa musique aux accents populaires que Céline nous a le premier donné à goûter, aux poèmes des squatts de Brigitte Lagoutte dont les encres et les dessins illustrent ce numéro, il y a une correspondance qui ne nous a pas échappée. Poésie et révolte sont là aujourd’hui en bordure de notre quotidien, comme une marge qui déborde de plus en plus sur l’asphalte goudronné de nos sociétés impeccables et le maquillent avec des bombes aérosol de couleurs qui tiendront bon.

Dominique le Boucher

Chants d’ailes
La poésie, transgression des astres ? Cécile Oumhani
Jean Pélégri le poète ou les mots de l’amitié
Journal d’écriture
Stridences extrait de ” Surtout ne te retourne pas ” Maïssa Bey
Ba-ô-babs Dominique Le Boucher
A l’école de la poésie Téma Bey
Une souris verte…
dossier de l’illustratrice : Brigitte Lagoutte
Entretien
Poèmes : Citadine, Respiration, Un jour, Douceur, Voyage en banlieue, Rue St-Denis, A la campage, Autoportrait
Entre-chats
Ce qu’est la poésie pour moi… Marie-Noël Arras
Lettre à une amie turque Cécile Oumhani
Instants à New York Arlette Laflêche Crohem
Pommes de reinettes et pommes d’api
Le nain sale et les éléphants blancs Dominique Le Boucher1
Les veuves de la vie Anne Lanta
A ciel ouvert
Sous le jasmin la nuit de Maïssa Bey par Bouba Tabti
Anges ou poupées de Nora Hamdi ( entretien avec DLB.)
Les points sur les I
Djamila Valéry Meynadier
Sur la poésie… ou plutôt en-dessous ! Michèle Bayar
Encre rouge Eliette-Anne Donnat
Sacs à malice
Le 11 Novembre 2004 Marie-Noël Arras
Un homme que j’ai aimé Dominique Le Boucher
A propos de… par D. L B
Le soleil assassiné de Abdelkrim Bahloul
La porte du soleil de Yousry Nasrallah
par Serge Guillemin
Le voile est-il islamique ?
Dossier Samira Bellil
Ombres et lumières ou la quête de Samira Bellil Behja Traversac
Hommages sur internet :
Publications :
Frantz Fanon, l’importun Christiane Chaulet Achour
L’ombre d’un homme qui marche au soleil Maïssa Bey
A fleur de mots Cécile Oumhani
Des nouvelles de ” Paroles et ecriture ”
Les cercles de lecture avec Théâtr’Elles
Poèmes
Dominique Le Boucher Or noir Turquoisent le soleil Calligula Song
et Laurent Bieber More
Monique Lorenté Avissoss aux critiquoss de l’artoss populoss
Jean Pélégri. L’âne et le poète
Albertine Benedetto Ma parole !
Les travaux et les jours
May Maalouf L’échec
Laure Touati Un instant
Conte du vide en flammes
Anna Lanta Je n’accepte pas
Mélika Golcem Ben Redjeb Le poète révolté
Lou Vernet Choses qui font la haine
Choses qui font le poète
Carole Menahem-Lilin Sacs Orage
Behja Traversac Te souviens-tu de décembre ?
En cet instant, le temps s’estompe
Françoise Bezombes Epuration
Rafia Mazari Ecrire pourquoi ? Là est la question
Geneviève Briot Femmes du Mzab 2004
Pascale Cotineau Récurrences
Monique Lorenté D’yeux que pour toi
Illustrations
Brigitte Lagoutte : couverture et toutes les peintures couleur ou noir et blanc
Pauline Rossi : toutes les petites fées et lutins (rubriques et textes)
Photo du jardin d’Algérie
Mise en page Marie-Noël Arras

Lettre à Dominique

Depuis mon jardin d’Algérie, je pense au thème de cette revue, ” Poésie et Révolte “, et cela m’amène à me demander ce qu’est la poésie pour moi.

J’aime tout autant la poésie impressionniste de Cécile Oumhani que la tienne que je ne saurai qualifier vu sa multiplicité. Tes poèmes peuvent être aussi doux et légers que sensuels, emportant la lectrice loin du large, que révoltés, proches de la musique de Ferré.

Je dirai donc que c’est avant tout une musique. Avant le sens, la musique. C’est ce qui la différencie de la prose, mais il y a de la prose poétique. Par exemple toi ton écriture est poétique et ce qui nous a fait nous rencontrer c’est cette musique que j’ai entendu avant d’en comprendre le sens en lisant ton premier livre ” Par la queue des diables “. Je te l’ai déjà dit avant cette lecture il n’y avait que l’écriture de Andrée Chédid qui m’avait fait cet effet-là, cet effet des mots comme des notes, comme des galets ronds à caresser comme des bonbons que l’on garde dans la bouche le plus longtemps possible pour en extraire tout le suc.

Et quand on te connaît on sait que tu n’écris pas des poèmes de temps en temps tu es en éternelle gestation. Chaque chose que tu vois, que tu entends, que tu lis, que tu éprouves, que ce soit des sentiments d’amour, d’amitié, ou de révolte, ils se traduisent en poésie. Je t’ai vu écrire le matin au lever comme si une fée t’avait dicté les mots pendant ton sommeil. Je pense donc qu’on ne s’improvise pas poète mais qu’on naît poète.

Mais il y a aussi beaucoup de personnes qui, à l’occasion d’évènements qui les touchent profondément ont besoin de s’exprimer et même si ce ne sont pas des poèmes de qualité ils m’émeuvent parce que justement ils sont écrits dans l’urgence de dire. C’est souvent le cas, ici, en Algérie, c’est pourquoi, même si la révolution d’Algérie fait partie du passé et qu’il vaut mieux dans cette revue privilégier la parole d’aujourd’hui, je me suis plongée dans l’anthologie de Denise Barrat Poèmes algériens, espoir et paroles publié chez Seghers en 66 avec deux magnifiques préfaces de deux Jean.

Dans l’une Jean Cayrol écrit : ” (…) Des mots, enfin, qui ne soient pas comme des lacs trop salés ou aucune chose vivante ne peut résister mais dont le vert fait la prunelle des chats, l’arbre, le moindre pas, où l’on entend le bruit infini de l’Homme… Tout est demeure quand on répond. “

Dans l’autre c’est Jean Sénac qui répond : ” Poésie et résistance apparaissent comme les tranchants d’une même lame ou l’homme inlassablement affûte sa dignité. (…) Au vif de la mêlée, éperdument aux écoutes, le poète va donc vivre du souffle même de son peuple. (…) Il tire d’une action localisée les signes universels et les constantes ou le cœur de l’homme se reconnaît. (…) Il ouvre à deux battants le soleil sur nos larmes. “

Dans cet ouvrage, j’ai tressailli en lisant ces paroles que Leïla Djabali adresse à son tortionnaire : ” J’avais des mains partout /Et envie de sourire “.  Et je pourrai dire aujourd’hui les même mots que Nadia Guendouz en 63 : Algérie/ J’ai regardé tes pierres /j’ai regardé ta terre / Et tes montagnes et tes plaines / Et ta neige et ton printemps / J’ai vu l’herbe/ Qui demain sera le blé /  J’ai vu l’amendier fleurir / (…) Je suis à toi / Je suis à toi/ Hier le sang a arrosé ma terre / (…) /Aujourd’hui sur les tombes d’hier/ Le blé a poussé…

En 2003 Christiane Laïffaoui a publié Le silence éventré, anthologie de la poésie contemporaine de femmes algériennes. Elle y a repris ces poèmes et plusieurs que notre revue avait publiés. J’y ai  trouvé une réponse à notre question dans un poème de Nacira Bereksi-Reguig, Tourne galère dont j’aimerai citer le début : ” Je ne connais pas la poésie au goût de rose/ Odeur suave de la glycine /Ma poésie plonge ses racines comme des couteaux / Dans mes entrailles /Et parle en s’égouttant du feu amer de mes tourments / Des cris de rage de la révolte / Contre les pouvoirs qui veulent faire taire tous les enfants / Ma terre entière / Tourne galère. “

 Actuellement en Algérie, il y a des femmes qui écrivent pour dire leur révolte du traitement encore accordé aux femmes, pour dire leur révolte contre la violence des hommes de ce pays. Certaines très maladroitement, mais cela ne les empêche pas de publier, parfois même à compte d’auteur afin d’être entendues, parfois avec un réel talent comme notre amie Maïssa Bey dont tous les livres du premier ” Au commencement était la mer ” jusqu’au dernier recueil de nouvelles ” Sous le jasmin la nuit ” sont des paroles de révolte, des cris qu’elle lance contre l’incommunicabilité entre les êtres mais aussi des paroles empreintes d’humanité pour tenter de comprendre l’inhumain.

Ces femmes n’écoutent pas leur mère qui, pour la plupart, leur ont appris à obéir et à se taire et comme le dit Nassera Halou, que nous avons déjà publiée dans cette revue, elles désirent ” Inscrire sur mon front/ Un autre destin/ Une autre chance. “

Elles veulent se libérer du joug de la tradition et de la violence tout en continuant envers et contre tout à croire que ce pays a un avenir pour elles et disent avec Inaäm Bioud dans Le temps désertique, un poème en arabe dédié à Djillali Liabès, publié par barzakh et traduit par Samira Negrouche :

” Ma voix doit se libérer / Je bâtirai une tribune / Sur le cercueil de la science / Et crierai à ceux qui nous dénudent, De croyance. / La voix de la raison / Rattrapera le poignard / Car sur cette si bonne terre, / Toute sécheresse… est verte. “

Voilà quelques paroles de femmes révoltées de ce côté-ci de la Méditerranée que j’avais envie de te faire partager bien qu’à mon grand regret je n’ai pas retrouvé les textes des jeunes rappeuses d’Alger que nous avions cité dans notre premier numéro.

Mais avant de te quitter je dois te reparler de la bataille que nous les femmes de l’assoc. de Bel Abbès livrons depuis plus d’un an pour donner justement à tous et à toutes accès aux livres et aux poèmes en créant une bibliothèque. Combien de fois nous sommes nous révoltées devant l’inertie ou même l’opposition de certains élus qui nous avaient retiré notre local, combien de fois avons-nous failli nous décourager, mais jamais nous n’avons renoncé et, c’est en conjuguant nos efforts que nous sommes arrivées enfin ce mois de novembre 2004 à obtenir la mise à disposition définitive d’une ancienne cantine scolaire.

Il nous reste maintenant à la transformer en lieu de savoir et de créativité. En lieu de rencontre aussi où nous lirons les textes des femmes de notre revue Etoiles d’Encre !

Amitié étoilée

Marie-Noël
Novembre 2004
Ba-ô-babs

Dominique Le Boucher

” Au commencement était le verbe ?! hi hi hi ! ! Non ! pas le verbe !

l’émotion !l’émotion ! l’émotion ! ! Oui ! au commencement était l’émotion ! “

LouisFerdinand Céline

Ba-ô-babs !Ba-ô-babs ! Ba-ô-babs ! ! Voilà comment moi je l’entends ce mot. Il carillonne à l’intérieur de mon estomac… de mon sexe… de ma gorge. Voilà comment il éclate et pousse… pousse… grandit… s’enverge et se dresse debout. Il est l’arbre au centre du monde. L’axe autour duquel je m’enroule lorsque ça se déchire dedans. L’écorce rêche où je me frotte et que j’enlace avec tout mon désir d’une danse sans fin au milieu de la clairière écriture.

Ba-ô-babs ! Ba-ô-babs ! Ba-ô-babs! !

Oui c’est ça !il est mon tango et ma caricature. Le pommier de l’île d’Avallon qui se dégueule de mon enfance pourrie. Pourrie par ceux qui prétendaient savoir comment les arbres font pour gémir leurs sons… leurs rythmes… leurs transes d’amour. Ils y prétendaient déjà comme à une pensée précise et froide bien organisée qu’ils nous jetaient dans les pieds. Une pensée mécanique et laborieusement remontée. Que Ba-ô-bab le grand maître de la forêt leur recrachait en pleine poire.

Oui ! J’écris avec mon ventre… avec ma peau de lézard dont on pourrait faire de jolis sacs à mains… avec mes pieds sur des trottoirs à putes où la braise grésille sous les petites cuillères… avec mon sexe exquis qui lèche de longues lapées de pluie.

J’écris avec la honte et la chaleur exsangue des cuisses des filles ouvertes et jouisseuses de macs… avec l’humus et les tas de feuilles rouges d’adolescence quand c’est la première fois. Avec le sperme symphonie… avec la bruyère… les hérissons et les mains coupées… le sang… le sang… le sang qui gicle des bombes d’aéro-solitudes.

J’écris avec le sang noir qui nous bande cicatrices en pleines rues et ne nous coagule pas.Jamais. Ça nous talonne drôlement cette récolte de fruits archi-mûrs qui jute entre nos paumes de nettoyeuses de poubelles de plastique vertes. Les poubelles de plastique vertes sont bourrées d’idées et de chiens empoisonnés dont les cadavres puent.

Ba-ô-babs !

Dans la clairière des Ba-ô-babs qui dansent les corps nus commencent à suer leur poésie comme la savane sèche craque et comme la lave du volcan déchire d’incandescence les couloirs barbelés où piétinent les troupeaux de penseurs aux armures étincelantes.

Ba-ô-babs ! Ba-ô-babs ! Ba-ô-babs! !

J’écris avec la rage au ras des dents et l’amour silence qui force l’écluse tout en bas.Comme la brûlure de cigarette chaque nuit sur le poignet d’une fille qui attend à l’arrêt du bus Cours de Vincennes qu’on lui découse ses certitudes de crâne rasé avec goudron et plumes pour mémoire. Devant les mâles et les femelles qui rient du même rire.

J’écris comme je pissais hier à quatre pattes et comme je me hisse aujourd’hui sur la pointe des pieds au sommet de laTour Soleil pour sentir ma peur hurler au moment où je plonge dans le vide et qu’un minuscule feuillet de papier blanc à côté de mon oreiller me récupère.

Ba-ô-babs !

J’écris cerise écrabouillée et chouette clouée le bec… cri de jouissance au pied du réverbère en plein allumage et main au cul sec des fillettes de 13 ans dans les trains de bidasses.

J’écris bûcher de fleurs au cœur des Cités et coups de poing dans la gueule au troisième sous-sol pendant que des réflexions asexuées nous passent en rase-motte au-dessus des chaires ma chère où nous réfléchissons sur la chair fraîche mais plus pour longtemps. Il faudrait faire vite. Ça sent le roussi !

Ba-ô-babs ! Ba-ô-babs ! Ba-ô-babs ! !

Oui ! c’est ça je suis une femme et j’écris avec ma peau… avec mon cul… avec mon rire et mes dessous de soie du soir écarquillés sur les crépuscules d’une tendresse bleue mourante.

Rien à foutre des milliers de mots au fronton des édifices du pareil au même. Si j’appareille c’est en plein élan d’abeilles… de ruches… de troncs et de miel me dégoulinant…m’envahissant… me ruisselant de désordre et de démesure.

Bâ-ô-babs !

C’est une très grande solitude – et voilà tout.

Androgynement je l’ai fourrée sous l’édredon rouge de Vincent où il y avait déjà une oreille coupée… trois tubes jaune de chrome entamés… et le corps de Sien la putain de La Haye. C’est combien ?

Non ! Je ne pense pas. Je dépense mon style et mes petits potins de concierge jusqu’à ce que j’entende craquer les jointures de mes pinceaux doigts… de mes ongles plumes et je me tire. Je mets les voiles. La sortie des artistes c’est par où ?

Troisième sous-sol !

Ah ! eux aussi? “

325 pages 

Détails du livre

Poids0.3 kg
Dimensions2 cm
Auteur(e)

Collectif d'auteurs

Editeur

Éditions Chèvre-feuille étoilée

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