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Blues Bunker
Blues Bunker

Poèmes et photos de Dominique Le Boucher et Jacques Du Mont

Publié en 1999
UGS : 2914467095 Catégories : ,

Description

POEMES & PHOTOS

« Paris 20ème… Quartier qui s’éparpille de la rue des Haies à la rue des Vignolles en passages coquins pour jardins obstinément là malgré Béton et papier monnaie… Passage Dieu… Impasse Satan […] Impasse des souhaits […]

 

96 pages 

Détails du livre

Poids0.3 kg
Dimensions1 × 12 × 17 cm
Public

Ados, Adultes, Seniors

Auteur(e)

Dominique Le Boucher

Editeur

Éditions Chèvre-feuille étoilée

Prologue

Cité-bidons…

Il y a une Cité dans laquelle je suis née. Dans laquelle j’ai grandi. Une cité ferraille. Une Cité béton. Comme moi multiple elle est. Innombrables ses noms.

Il y a une Cité comme toutes les Cités du monde. Innocente et féroce. Vulgaire et généreuse. Une Cité tendre gueuse. Ma camarade.

Selon les parfums que le vent du Sud nous apporte je l’appelle Cité-bidons… Cité-aux-ordures… Cité de l’Ogresse… Ou bien pour me planquer derrière le masque des petits mômes blacks mes voisins sans confiture ni tartine je la nomme Alphabête-City.

La Cité des Alphabêtes c’est la Cité aux palabres. Sur son ventre j’écris. Poèmes qui sont les mots du monde des gens d’ici. Blues Bunker est leur chant triste ou joyeux comme la couleur de leur peau. Leur chant de toute urgence.

La Cité… c’est à partir d’elle et de nous que déboule le soir sous les pattes de ma plume la mélopée sauvage des filles nomades qui reprennent chaque nuit à leur compte la grenade à peine entrebâillée de notre désir fou…

La Cité c’est la maison enchantée de nos espoirs dépenaillés.

Paris 20e … Alger sur Seine… Los Angeles City… Amsterdam… et n’importe où ailleurs…

Paris 20e… Quartier qui s’éparpille de la rue des Haies à la rue des Vignolles en passages coquins pour jardins obstinément là malgré Béton et Papier monnaie…

Passage Dieu… Impasse Satan… D’un côté tu traverses vers la Cité qui bout des lessives de vague à l’âme sans pommes ni pommiers. Et de l’autre tu finis parmi de vagues empreintes d’un paradis maïs… géranium et carottes… Capucines orangent des gravats contents autour de planches qui sont si baguette magique le veut des sièges de cinéma…

Impasse Satan… Impasse Ranson… Impasse des Souhaits… Black désir de repeindre la terre en bleu. Bleu émeraude…

Dans un angle de mur qui meurt des tags africains… un éléphant noir… et des femmes qui dansent sur savane ocre rouge et crème…

A droite contre des tôles de petites serres dans des cageots où poussent des haricots… Deux échelles rouillées qui gardent-follent des cailloux… Un caddie de super-marché bien rempli de rien à faire… et un chat noir-blanc qui nous observe d’un côté puis de l’autre mille piafs grimpant aux espaliers pervenche…

Au milieu d’un mur qui meurt une gueule de bonhomme ogreresse et deux gros yeux noirs qui font salon poubelle grand ouvert sur chaises et tables plastiques avec rouleaux de fil électrique et vieux divan mort… L’ogresse bonhomme pas difficile a croqué tout ça et aussi la ville pour la recracher de jour en jour plus ardente et plus complice des fées terrains vagues en goguette contre les dentiers plaqués or des macs urbanistes rapaces… L’ogre bonhomme est notre allié pour sûr !…

Grille d’égout… Grille d’égout… Trois bananiers nains font la ronde à Haïti City… il y va de leur vie. C’est un jardin ici. A gravats City on plante et on rit… Y’a pas de soucis… Non… y’a pas de soucis…

Extrait

A Mains nues

Mains d’ouvriers
Sentinelles des fonderies
Mains orgues de barbarie
Dépouillées de la danse des petits singes
Et des sous de cuivre
Qui roulent dans la poussière bleue
Par les rigoles de lave cerise
Ouvertes comme une plaie
A l’intérieur des paumes
Mains sillons de terre rose
Mains crevasses langées d’oripeaux
De moissons et d’abeilles sauvages
Labours de doigts livrés
A la houle des crinières
Mains caresses qui roulent
Sur les hanches des meules
Et mettent en boule les mésanges
Mains charbonnières
Fabriquant des nids de paille rousse
Pour les hommes blessés
Et les chevaux qui marchent sous la terre
Mains des femmes penchées
Qui glanent des escarbilles de verre
Afin de nous garder de l’hiver
Et de l’ennui
Mains farandoles et rondes folles
Sur le tambour creux des ruches-troncs
Reines aux poignets d’écume
Battant le sable comme le cœur vert des vagues
Au-dessus de nous
Mains de terre ocre-rouge et de grand feu
Amantes éphémères des genêts
Couchant les outres crues
Comme des ventres où le pain lève
Dans le brasier de nos désirs enfouis
Mains de rebelles
Cousant la toile des drapeaux
Aux bambous des cerfs-volants
Sentinelles des printemps écervelés
Montant aux branches des cerisiers
Légères comme des rouges-gorges
Mains cueillant les épis-baïonettes
Et les bombes de peinture-sang
Dans la même nuit claire
Mains de sorciers sur les deux grands tambours
Tournent la ronde des enfants
Qui n’iront plus en guerre
Les œillets sont coupés
Mains ouvertes comme les pages d’un livre
Ecrit pour nous
Doigts d’encre et de poudre mêlés
Comment pourrais-je oublier ce mur de pierres
Où vous êtes scellés ?
Mains de gueux
Mains de poètes
Pas un instant les plombs n’ont cessé de cribler
Les linges blancs
Des signes de reconnaissance
Que vous nous repassiez
Comme des phares
Entre les barreaux des caves
Mains d’écriture et de conterie
Oiseaux-labeur échappés
Des poches de l’oiseleur
Paumes rongées par l’eau-forte et le sel
Mains veilleuses allumées dessous la terre
Où les taupes aveugles dépouillent
Les châteaux gravés à l’intérieur
Des douilles de cuivre
De leur manteau de brume verte
Mains d’ouvriers
Mains d’aube brûlante comme une plaie
A l’intérieur des paumes
Mains coupées négligemment
Par les fabricants d’orgues de barbarie
Mains-guitares s’abattant à un certain stade
De l’oubli
Qui ne s’appelle plus torture
Mais machine-outil
C’est fou ce que ces gens-là aiment la musique !
Doigts flocons de neige envolés un à un
Tournent les pages
Comment pourrais-je oublier mes livres d’images
Où un sang d’encre clair
Tache le bout de mes ongles
De l’empreinte de vos cœurs scellés dans la pierre
A en-crier

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