Nos éditions ont 20 ans !

Lors de la célébration des dix ans de vie de Chèvre-feuille étoilée, toutes les auteures présentes avaient émis le vœu d’en fêter les 20 ans. Le vœu sera réalité en janvier 2020.

20 ans consacrés à écouter les mots des femmes, vingt ans à débusquer les écritures et les talents.

Nous voulons, à cette occasion, et avec cet objectif inchangé, réaliser un numéro spécial et recueillir vos témoignages et vos textes. Vos témoignages donneront votre sentiment sur notre collaboration. Ils seront publiés sur cette page dès janvier 2020 (date officielle de la création des éditions).

Vos textes de 10 000 signes maxima, le seront sur la revue « papier ». Exceptionnellement pas de thème proposé, mais des textes inédits sur le thème de votre choix. Les artistes ayant collaboré à la revue pourront nous envoyer une œuvre pour la revue « papier ».

Ce numéro, plus important, sortira en octobre 2020 à l’occasion du salon des revues à Paris et il n’y aura pas de numéro édité en mars. La date de remise pour l’impression, est fixée au 31 mars 2020.

Envoyez vos textes à contact[at]editionsfemmeschevre-feuille.fr

De Monique Sérot-Chaïbi

Elles sont quatre, comme les éléments, comme les saisons, comme les points cardinaux, les mousquetaires ou encore les quatre cavaliers de l’Apoc… (ah non, je m’emballe, cet exemple n’est pas judicieux, désolée !) .

Elles sont donc quatre femmes énergiques et passionnées par la littérature des deux rives, quatre femmes qui ont un pied de chaque côté de la Méditerranée

Et leur projet, né en 2000, s’est donc tout naturellement axé autour de quatre idées :

– Permettre à des femmes amoureuses des lettres d’avoir un espace pour s’exprimer.

– Entrelacer des récits oraux et écrits

– Privilégier les textes en rapport avec la Méditerranée et sa mixité.

– Ouvrir l’espace de leurs revues à des expressions non figées, dépasser les frontières, libérer la langue.

« Elles » ce sont Behja, Edith, Maïssa et Marie-Noël. Les « chèvres » comme les appelle irrespectueusement, mais sans animosité, une de mes amies.

Passons sur les premiers symboles du chèvrefeuille : la chasteté et l’innocence, pour ne voir que les autres sens, ceux de la fidélité, de l’amour et de l’amitié éternels.

Quand et où ai-je donc rencontré le quatuor ? Je n’en n’ai aucun souvenir, si ce n’est que je n’ai pas dû le voir au complet dès la première fois. D’ailleurs je ne suis pas certaine de l’avoir déjà vu dans son ensemble. Peut-être était-ce à une soirée commune sur l’Algérie avec l’association Coup de Soleil ? Ou encore en déambulant à travers les stands d’une Comédie du livre ou d’un Maghreb des livres ? Peu importe !

Ce que je sais par contre, c’est que j’ai commencé à faire partie de leurs fortunées auteures en 2013, après une Comédie du livre de Montpellier consacrée au Maghreb. Behja m’avait demandé si j’accepterais de présenter l’une de leurs fidèles auteures et illustratrices, Catherine Rossi, prévue dans un débat face à l’auteur-peintre-sculpteur, Mahi Binebine. La gageure m’avait plue. Me retrouver entre ces deux artistes, si opposés. Catherine née dans l’Aube, femme discrète et fine, qui peint du bout du pinceau et écrit du bout de la plume et Mahi, venu de Marrakech, homme tout en rondeur et éclats de rires, qui se sert de sa plume, de ses pinceaux et de son burin pour décrire un monde injuste et violent avec générosité et “flamboyance’’. Ce fut un beau moment où les deux protagonistes se sont mutuellement appréciés, sous les yeux des lauréats du prix Coup de Cœur de Coup de Soleil, Jamil Rahmani et Michel Canési.

Cette Comédie du livre a été l’une des plus belles malgré la colère du ciel qui nous gratifia de deux jours de tempête. Le vent soulevait les bâches qui protégeaient les livres et la pluie menaçait de tout détruire mais, organisateurs, auteurs et visiteurs restaient là, pour le plaisir du partage et de la découverte.

Cela m’avait inspiré un texte sur la colère de Zeus qui, par jalousie face à un parterre de talents, avait cherché à tout détruire. Je l’avais envoyé à tous ceux qui avaient partagé avec moi ces trois jours autour des livres. Et c’est avec ce texte que je suis entrée pour la première fois dans la revue Étoiles d’encre.

Depuis, j’y fais de régulières incursions.

Mais, fin 2017, le symbole de cette plante a pris pour moi un sens nouveau. Celui d’une amitié éternelle à quatre branches. Pardon, 5 puisque je m’y inclus !

Comme le chèvrefeuille est lié au mur sur lequel il s’enchevêtre et s’épanouit. À cette différence près que la littérature est l’ennemie des murs comme des frontières.

Après une soirée sur SOS Méditerranée et son bateau l’Aquarius le 26 novembre 2016, je m’étais demandé comment aider l’association à récolter des fonds. C’est alors que j’ai pensé que, grâce à Coup de Soleil, je connaissais un certain nombre d’auteurs et que je pourrais leur demander s’ils accepteraient de participer bénévolement à un recueil de textes sur les réfugiés. À de très rares exceptions près, ceux que j’ai contactés ont accepté et m’ont « offert » un texte original, un poème, une chanson, un chapitre de roman, un article etc. Cette cueillette littéraire m’a demandé un an, entre angoisse et joies, et fin novembre 2017, j’avais glané une cinquantaine de textes, quelques illustrations mais toujours pas trouvé d’éditeur. Ceux que j’avais contactés n’avaient pas le temps, voulaient choisir les textes ou m’offraient des conditions financières insuffisantes.

Au bord du désespoir j’ai alors contacté l’une des quatre « chèvres ». On était le 30 Novembre et je voulais que le livre paraisse pour le Maghreb des livres, début février ! J’avais conscience que ce que je demandais ressemblait à un travail de titan (titane?) mais le miracle a eu lieu. Après une discussion entre elles, les membres du bureau ont accepté le défi, et ma contribution a été agrémentée de quelques textes et illustrations supplémentaires. Grâce aux efforts et à quelques nuits blanches de Marie-Noël, le livre est sorti à temps pour le Maghreb des livres. Et depuis, il continue à avoir du succès et à rapporter régulièrement des dons à SOS Méditerranée.

Le tout dernier texte reçu a été celui de Maïssa Bey.

Vous ne l’avez pas encore acheté ? Il serait temps !

Oser

Aldona Januszewski

J’ai connu Étoile d’encre grâce à une amie, quand, après nous être perdues de vue, nos chemins se sont à nouveau croisés. Les séjours parisiens de cette amie, étaient pour moi une parenthèse enchantée. À chacun de ses passages elle m’offrait un exemplaire de cette revue dans laquelle elle publiait régulièrement. Une revue qu’on ne trouvait alors ni dans les librairies, ni dans les bibliothèques de mon quartier.

À ce moment-là de ma vie j’avais la tête dans le guidon. Comme tant de femmes, il me fallait vaille que vaille tout mener de front, survie, boulot, famille…

Alors au milieu d’un présent où la créativité et les rêves avaient peu à peu disparu, j’attrapais avec joie tous les petits bonheurs de passage. L’amie qui me rendait visite avec la revue, en faisait partie. C’était pour moi une halte au milieu des tempêtes, le souvenir heureux d’un passé révolu, une bouffée d’oxygène bienfaisante. Je feuilletais la revue au hasard de nos retrouvailles. J’en aimais la mise en page, l’alliance réussie des textes et des illustrations, la diversité des formes d’écritures, la liberté de ton, les éditoriaux incisifs et stimulants, qui à chaque fois donnaient envie d’en savoir plus.

Je voyais Étoile d’encre comme une revue de femmes centrée sur des textes et des problématiques liées principalement aux deux rives de la Méditerranée. Je n’avais pas remarqué que dans chaque numéro il y avait un appel à textes pour le numéro suivant.

Un jour, au détour d’une lecture, je découvre un appel à textes dont le thème proposé, « L’étranger », m’interpelle. Il fait écho au travail dans lequel je suis plongée à ce moment-là, un cycle d’expositions sur un artiste exilé, mon père. Le hic c’est que cet artiste étranger, ne vient pas d’une des deux rives de la Méditerranée, mais de l’est de l’Europe.

Je me dis alors que la revue accepterait peut-être un texte au sujet d’un artiste polonais que les aléas de l’Histoire et la deuxième guerre mondiale, ont conduit d’abord en France, puis en Espagne, au bord de la Méditerranée. C’est en effet à Barcelone que le mènent les chemins de l’exil. Il y reste quelques années, et à la fin de la guerre c’est là qu’il fait ses débuts artistiques avec deux grandes expositions, avant de décider de venir s’installer à Paris.

Or, si comme l’ont proclamé, pour des raisons différentes, plusieurs écrivains célèbres, l’Afrique commence de l’autre côté des Pyrénées, l’Espagne est un pont entre les deux rives de la Méditerranée. J’annonce donc à mon amie que j’aimerais proposer un texte sur mon père dans le prochain numéro de la revue. Mon amie ne l’a pas connu, mais apprécie son travail. Elle me soutient fidèlement dans mes projets d’expositions, et me répond : « Tu n’as qu’à envoyer ton texte au comité de lecture et tu verras bien ».

J’envoie mon texte, avec appréhension. J’ai peur qu’il soit refusé. Quand j’apprends qu’il est accepté, et qu’elle aussi va publier un texte sur mon père dans ce numéro, l’émotion me submerge.

Cette revue qui m’accueille, c’est tout à coup pour moi comme une renaissance, un retour vers la lumière, une lueur d’espoir au bout d’un long tunnel de combats quotidiens. Un rempart contre la solitude. Un peu plus tard je découvre comment, suite aux dix années noires traversées par l’Algérie, des femmes des deux rives de la Méditerranée, ont mis leur énergie et leur engagement dans un projet éditorial ambitieux, et porté à bout de bras une revue et une maison d’édition. Aujourd’hui encore, deux décennies plus tard, elles continuent, contre vents et marées, à offrir à des auteures, d’ici et de là-bas, un espace de liberté où les écritures dans leurs diversités, célèbrent la vie, et questionnent l’opacité du monde.

Depuis je rends grâce à cette amie rencontrée dans un pays, l’Algérie, où, sept ans après son indépendance, m’avait conduit l’enthousiasme de mes 20 ans. Je rends grâce à l’accueil chaleureux et attentif des éditrices d’Étoiles d’encre et de Chèvre-feuille étoilée, nouvelles amies chères, devenues ma famille de plume. Je continue régulièrement à proposer des textes, avec toujours le même plaisir teinté d’inquiétude. Arriverais-je dans les temps à produire quelque chose sur le thème proposé ? Est-ce que ça sera accepté ? Puis viennent les mots qui apaisent et réconfortent, dans les moments de questionnement et de doute, le bonheur des retrouvailles, seule, mais avec d’autres, sur le chemin de la vie.

L’obligation de finaliser un texte court sur une thématique précise dans un délai limité, est une contrainte difficile, pour moi en tout cas. Mais cette contrainte est aussi un moteur. J’attends avec gourmandise ces rencontres d’écritures, ces havres de petits bonheurs partagés, à l’occasion des salons et des lectures, que j’ai réussi peu à peu à apprivoiser. Le partage avec un public et la douce et joyeuse chaleur des échanges, sont des moments précieux, des bornes vivifiantes qui aident à sortir de la solitude nécessaire à l’écriture, et insufflent l’énergie de continuer.

« Sans cesse sur le métier remettez votre ouvrage… »

Alors à l’approche des 20 ans de la revue, un grand merci à vous chères éditrices. Merci pour toutes ces contraintes stimulantes qui se métamorphosent en une multitude de petits bonheurs, qui nous protègent des affres des tergiversations solitaires. Merci à vous mes amies de plume, des deux rives et des quatre points cardinaux. Sans nous connaître toutes, nous nous découvrons à chaque fois un peu plus, dans nos têtes à têtes de papier. Nos combats se glissent dans les interstices du langage.

Nous avançons avec des mots jaillis parfois sans crier gare. Au milieu des ténèbres du monde, chacune à sa façon, tente d’apporter un peu de lumière.

Juillet – août 2019

Avoir vingt ans 

Marie Malaspina

« Le bonheur est fait de tant de pièces qu’il en manque toujours une » dit Bossuet ce grand connaisseur de l’âme humaine.

Et quand le bonheur est là dans l’instant, il va, il vient, il s’envole et puis revient. L’amitié et l’écriture demeurent.

Dans la revue « étoiles d’encre », les textes écrits à partir des thèmes comme autant de bouteilles jetées à la mer pour imaginer des voyages immobiles en Érythrée ou en Scandinavie, avec un centre en Méditerranée. Cette béance nouvelle où se noient nos contemporains. 

Plus de colombes sur le toit du ciel. 

Alors les mots enfilés sur le fil du temps deviennent des filets pour retenir l’espoir.

De la grande agitation, retenir la transparence de l’écume en mouvement, l’ardent souci de devenir un peu plus de soie. 

Le monde ne répond plus que dans le bruit et la fureur, seule la plume peut organiser les regards et nous retenir d’attenter à nos jours dans la nuit de l’oubli. 

Produire la transformation esthétique qui ouvre des voies nouvelles.

Entendre les doux moments partagés, la clarté des visages, les rires au fond des bois avec marmottes, écureuils et renards, les pieds nus sur la mousse.

Sentir le paysage odorant où se mêlent lilas, giroflées et iris. Retrouver l’odeur du cédrat, du myrte, de la branche du dattier, de celle du saule pour réconcilier la variété des humains qui enchantèrent les dieux. Sentir l’ile respirée avant même que de la voir.

Goûter la peau et les lèvres de l’amant, souvenir resurgi d’un vieux tiroir fermé à clef. 

Vingt ans ont passé dans un souffle. 

Occupée des instants, des moments à écouter écrire d’autres que nous, dans les replis secrets des cavernes fugaces.

Vingt ans ont passé sans écueils grâce à la solide texture des éditions du Chèvrefeuille amarré aux énergies de Behja et de Marie-Noël.

Vingt ans ont passé où quand apparaissaient l’urgence d’agir et le sentiment d’impuissance, le pouvoir de l’écriture transformait le présent en alliance.

Entre maitrise de soi et création de soi, la médiation du récit nous construisait en sujet, affermissait notre identité, nous aidait à renoncer au drame comme évasion du réel. La plage des mots nous était acquise par la générosité de toutes celles qui faisaient exister les éditions. Loin des effets de manches et des plateaux, une maison d’édition donnait la parole aux femmes bien avant mee too et la révolution des réseaux sociaux.

Patient travail et entêtement fécond, l’espace intérieur et celui de l’échange grandissaient au-delà des frontières. Vingt ans s’écoulaient que nous n’avons pas entendu passer.

Dans le temps désormais compté, vivre la durée éternelle.

Mais vingt ans ?

C’est le large, la pleine jeunesse, l’espérance décidée.

C’est les mains ouvertes pour accueillir

La tendresse pour donner

L’élan de poursuivre,

Le meilleur âge de la vie quand peu à peu nous savons l’étendue de ce que nous ignorons.

Des galets organisés en sculpture au nord de l’Écosse par des mains anonymes, tout comme… ces femmes qui demain continueront à poser leurs mots pour rejoindre leur existence.

Une aventure collective dans ces temps de solitude raisonnée et résonnante où l’éthique devient indispensable à la respiration des êtres.

Une aventure collective qui nous a donné de la lumière.

Grenoble 17 mai 2019

Lettre d’Albert Camus à René Char

Isle-sur-la-Sorgue, 21 juillet 1956

… Plus je produis et moins je suis sûr. Sur le chemin où marche un artiste, la nuit tombe de plus en plus épaisse, finalement, il meurt aveugle. Ma seule foi est que la lumière est. Que la lumière l’habite, au-dedans, et qu’il ne peut la voir, et qu’elle rayonne quand même.  

p 148 in correspondances 1946/1959 Albert Camus – René Char Gallimard.

Une date à célébrer !

Sabine Péglion

20 ans d’engagement pour rapprocher les rives de la Méditerranée, donner la parole aux femmes, créer « un espace du dire et de l’écrire ». 

Moi qui suis née sur l’autre rive j’ai découvert à travers vous, avec bonheur des paysages, des êtres, des coutumes, un autre regard, ce qui multiplie notre approche du monde.

Vous m’avez accueillie, soutenue avec rigueur, enthousiasme et amitié. 

Merci à vous Behja Traversac, Maïssa Bey et Marie Noëlle Arras 

Longue vie aux Éditions Chèvre-feuille étoilée et à sa revue Étoiles d’encre.

10 + 10 = 20 ! (+ 10 = 30 ?)

Nic Sirkis

2000, naissance des éditions Chèvre-feuille étoilée.

2010, mars : rencontre de Marie-Noël Arras (au salon du livre où je vais pour la 1er fois, « L’Odyssée du grand Moka » sous le bras). Je repars de son stand avec « Célébration » sous l’autre bras (n° 41/42 d’Étoiles d’Encrehonorant les 10 ans de sa maison d’édition) et réponds quelques jours plus tard à « l’appel à textes » de la revue, en envoyant à tout hasard quelques textes pour le numéro suivant au thème flou : « Ce jour-là »… 

septembre : mail des éditrices m’invitant à venir signer au salon « L’Autre Livre » ma nouvelle « Clo » parue dans le n° 43/44.

2020, une décennie après la « bataille navale » porte de Versailles où, dans le quadrillage en abscisses et ordonnées des allées, j’avais abordé cet îlot de en D3-détroit CFE, me voilà intégrée dans l’S1-essaim solidaire. Autour de Behja & Marie-Noël, au sein de cette ruche,j’ai croisé une kyrielle de collègues de France, d’Algérie, d’Haïti qui sont devenues des amies, participé à la correction de leurs œuvres et publié 4 livres CFE et une cinquantaine d’articles dans les revues 43 à 80…

2030, en présentant « Patatras ! » mon texte-contribution au prochain numéro qui célèbrera le 20e anniversaire d’Étoiles d’Encre, je souhaite aux éd. CFE bon vent pour braver les tempêtes qui labourent les hautes mers en résistant aux requins qui les habitent, sans s’écrouler comme ma bibliothèque l’a fait, cet automne, dans un magistral Patatras !

Le 15 janvier 2020, Chèvre-feuillement vôtre, Nic Sirkis

Sample Text

Entre mille rives : bon anniversaire !

Anne Poiré

Chèvre-feuille étoiléen’est entrée dans ma vie qu’en 2006, par le biais de Chantal Roux. Elle m’a demandé si j’acceptais qu’elle propose l’un de mes textes, pour accompagner son travail dans la revue Étoiles d’encre. Les pages 53 à 55 en gardent trace, et c’est important : depuis, notre amie s’est envolée, définitivement. Ne reste que son œuvre, et ce que l’on en a écrit, ce que l’on en dit encore. Au moment de la parution, elle m’en a envoyé un exemplaire, et j’ai été vraiment très favorablement impressionnée par la qualité de la revue, dans son contenu comme dans son bel habit, brillant, coloré, le rouge et le vert de la couverture me rappelant peut-être les moments où mon papa, mort alors que je n’avais que neuf ans, a pu me prendre sur ses épaules. J’avais peur, il était si grand. Le monde semblait instable, différent, du haut de son mètre quatre-vingt. En même temps, il me tenait : adulte fiable, solide. Je pouvais comme sur la toile de Chantal m’agripper à son front, à sa main, en savourer toutes les saveurs, les odeurs si typiques d’un papa. Le cancer des poumons, féroce, impitoyable, a emporté ce fumeur de 46 ans, père de sept enfants, dont mes petits frères à peine âgés de deux et quatre printemps. Arrive donc par la poste cette surprise de Chantal, ce numéro 27-28, et la chemise froissée, sur la couverture, entourée de ce vert qui me rappelle les sapins, autour de « mon » papa, m’offre une émotion sans pareille.J’ai écrit que devant l’œuvre de Chantal il convient de se laisser emporter par l’intensité, la couleur. À vif, dans la chair du tableau. Retrouver ce numéro au thème essentiel, « Des filles et des pères », me confronte à nouveau à « toute l’humaine / opaque condition d’épaisse transparence ».

« L’être à deux », en octobre 2007, carte blanche à Leila Sebbar, signe une nouvelle collaboration entre ces éditions de femmes en Méditerranée et mon univers, sensible. Dans le numéro 31/32, la nouvelle « Enfant(s)illage » se déploie, mots intimes, comète d’émotions, entourée d’une vingtaine d’illustrations Poiré Guallino joliment déclinées.

Cette belle revue est enfin revenue dans notre vie, tout sourire, en lien direct avec la thématique de départ : « Du côté de l’enfance ». Le numéro 75/76, paru en 2018, nous offre une autre complicité, quelques illustrations, bien mises en valeur, et le texte, « Conjuguer les rêves », dédié à mes amis migrants, si courageux, héroïques – étoiles filantes -, ainsi qu’une chronique de Rose-Marie Naime à propos de mon roman, engagé, sur le même thème, Le jeu de dominos…

Cette revue si bien-nommée s’appelle Étoiles d’encre. Heureuse, lumineuse trouvaille ! Dans le ciel du quotidien, brillent des mots, des thèmes, des images : astres, planètes, constellations alphabétiques, de sons et d’idées associés. J’aime à m’y promener, j’aime à en rêver encore et encore, entre mille rives, entre ombre et soleil, d’un univers à l’autre… Tout un programme, en expansion. Se croisent des rires, des larmes, des rencontres : bon anniversaire, maison d’édition, encore toute jeunette. Ce n’est qu’un début. J’ai hâte de découvrir la suite de cette aventure humaine et nécessaire. Arrive l’âge de la maturité, après les charmes de l’enfance, de l’adolescence. Désormais 20 ans ! Et plus… à continuer à construire.

Janvier 2020

Comment j’ai connu Chèvre-feuille étoilée et vice versa.

Annick Demouzon

Je cherchais à faire éditer un recueil de nouvelles, ce qui est toujours difficile, et je m’étais procuré le gros Annuaire Des Auteurs Cherchant un ÉditeurAudace donc — publié par l’Oie Plate. J’y ai trouvé la fiche de Chèvre-feuille étoilée, qui m’a semblé intéressante d’emblée. J’en aimais bien la ligne éditoriale et le fait qu’il s’agisse d’éditions de femmes (issues, pour nombre d’entre elles, du pourtour de la Méditerranée). Or, je suis femme, consciente de la difficulté qu’il y a à être femme — en tout domaine —, et cultive des liens affectifs certains avec la Méditerranée. Par ailleurs, Chèvre-feuille étoilée avait bonne réputation et publiait de la nouvelle. Ça tombait bien.

Par prudence, néanmoins, j’ai téléphoné, avant d’envoyer quoi que ce soit. On m’a répondu fort gentiment — Marie-Noël Arras, je pense — qu’en effet on avait publié de la nouvelle, mais qu’on n’en publiait plus (il fallait s’y attendre et cela ne m’a pas étonnée). Mais on m’a proposé, si je le voulais et à défaut, de soumettre un de mes textes pour le prochain numéro de la revue Étoiles d’encre, dont le thème était « Ce jour-là ». J’ai donc envoyé la nouvelle Les pantoufles, qui était dans le thème et se passait en Méditerranée. Elle a été publiée en octobre 2010, dans la revue n°43-44, à ma grande joie.

Et ç’a été le début de notre histoire.

Par la suite, j’ai répondu à bon nombre d’appels à texte, lorsque je les ai reçus ou ai pu les trouver sur le site et quand mon envoi, par ailleurs, ne se perdait pas ou que je n’oubliais pas de l’envoyer avant la date (car ce sont des choses qui arrivent, hélas). Ce qui fait, sauf erreur de ma part, 6 de mes nouvelles publiées dans la revue jusqu’à ce jour, et bientôt plus, je l’espère, tous les textes que j’ai proposés ayant été retenus jusqu’à présent. Ce qui, je dois dire, a été très rassurant et, même, thérapeutique pour quelqu’un dont le doute est la composante essentielle et m’a confirmée dans le fait qu’il y avait une place pour moi dans cette revue de qualité. D’autant plus que, par chance, certaines de ces publications ont été l’occasion de retours critiques plutôt agréables à découvrir… J’en remercie donc Chèvre-feuille.

Ainsi que de m’avoir sollicitée à l’occasion de ses 20 ans.

Je dois ajouter que je suis d’autant plus heureuse d’être associée à cette fiesta littéraire, que, même si mes publications dans la revue ne font de moi qu’une marginale par rapport à l’équipe des piliers de la maison, je me sens tout de même appartenir très fort à ce groupe de femmes à qui Chèvre-feuille étoilée a su donner une chance dans le monde de l’écrit qui, par ailleurs, ne leur est guère favorable. Et j’espère que ça durera.

Aussi, comme celles qui se sont réjouies de fêter les 10 ans de Chèvre-feuille étoilée, peu de temps avant mon arrivée dans la revue, j’espère, dans 10 ans de là, être à même, à nouveau, de participer à la célébration de ses 30 ans et pourquoi pas, plus tard, de ses 40 ans. Et je lui souhaite — surtout et plus que tout — de poursuivre sa vie bien au-delà des nôtres.

Longue vie à Chèvre-feuille !