Nos éditions ont 20 ans !

Lors de la célébration des dix ans de vie de Chèvre-feuille étoilée, toutes les auteures présentent avaient émis le vœu d’en fêter les 20 ans. Le vœu sera réalité en janvier 2020.

20 ans consacrés à écouter les mots des femmes, vingt ans à débusquer les écritures et les talents.

Nous voulons, à cette occasion, et avec cet objectif inchangé, réaliser un numéro spécial et recueillir vos témoignages et vos textes. Vos témoignages donneront votre sentiment sur notre collaboration. Ils seront publiés sur cette page dès janvier 2020 (date officielle de la création des éditions).

Vos textes de 10 000 signes maxima, le seront sur la revue « papier ». Exceptionnellement pas de thème proposé, mais des textes inédits sur le thème de votre choix. Les artistes ayant collaboré à la revue pourront nous envoyer une œuvre pour la revue « papier ».

Ce numéro, plus important sortira en octobre 2020 à l’occasion du salon des revues à Paris et il n’y aura pas de numéro édité en mars. La date de remise pour l’impression, est fixée au 31 mars 2020.

De Monique Sérot-Chaïbi

Elles sont quatre, comme les éléments, comme les saisons, comme les points cardinaux, les mousquetaires ou encore les quatre cavaliers de l’Apoc… (ah non, je m’emballe, cet exemple n’est pas judicieux, désolée !) .

Elles sont donc quatre femmes énergiques et passionnées par la littérature des deux rives, quatre femmes qui ont un pied de chaque côté de la Méditerranée

Et leur projet, né en 2000, s’est donc tout naturellement axé autour de quatre idées :

– Permettre à des femmes amoureuses des lettres d’avoir un espace pour s’exprimer.

– Entrelacer des récits oraux et écrits

– Privilégier les textes en rapport avec la Méditerranée et sa mixité.

– Ouvrir l’espace de leurs revues à des expressions non figées, dépasser les frontières, libérer la langue.

« Elles » ce sont Behja, Edith, Maïssa et Marie-Noël. Les « chèvres » comme les appelle irrespectueusement, mais sans animosité, une de mes amies.

Passons sur les premiers symboles du chèvrefeuille : la chasteté et l’innocence, pour ne voir que les autres sens, ceux de la fidélité, de l’amour et de l’amitié éternels.

Quand et où ai-je donc rencontré le quatuor ? Je n’en n’ai aucun souvenir, si ce n’est que je n’ai pas dû le voir au complet dès la première fois. D’ailleurs je ne suis pas certaine de l’avoir déjà vu dans son ensemble. Peut-être était-ce à une soirée commune sur l’Algérie avec l’association Coup de Soleil ? Ou encore en déambulant à travers les stands d’une Comédie du livre ou d’un Maghreb des livres ? Peu importe !

Ce que je sais par contre, c’est que j’ai commencé à faire partie de leurs fortunées auteures en 2013, après une Comédie du livre de Montpellier consacrée au Maghreb. Behja m’avait demandé si j’accepterais de présenter l’une de leurs fidèles auteures et illustratrices, Catherine Rossi, prévue dans un débat face à l’auteur-peintre-sculpteur, Mahi Binebine. La gageure m’avait plue. Me retrouver entre ces deux artistes, si opposés. Catherine née dans l’Aube, femme discrète et fine, qui peint du bout du pinceau et écrit du bout de la plume et Mahi, venu de Marrakech, homme tout en rondeur et éclats de rires, qui se sert de sa plume, de ses pinceaux et de son burin pour décrire un monde injuste et violent avec générosité et “flamboyance’’. Ce fut un beau moment où les deux protagonistes se sont mutuellement appréciés, sous les yeux des lauréats du prix Coup de Cœur de Coup de Soleil, Jamil Rahmani et Michel Canési.

Cette Comédie du livre a été l’une des plus belles malgré la colère du ciel qui nous gratifia de deux jours de tempête. Le vent soulevait les bâches qui protégeaient les livres et la pluie menaçait de tout détruire mais, organisateurs, auteurs et visiteurs restaient là, pour le plaisir du partage et de la découverte.

Cela m’avait inspiré un texte sur la colère de Zeus qui, par jalousie face à un parterre de talents, avait cherché à tout détruire. Je l’avais envoyé à tous ceux qui avaient partagé avec moi ces trois jours autour des livres. Et c’est avec ce texte que je suis entrée pour la première fois dans la revue Étoiles d’encre.

Depuis, j’y fais de régulières incursions.

Mais, fin 2017, le symbole de cette plante a pris pour moi un sens nouveau. Celui d’une amitié éternelle à quatre branches. Pardon, 5 puisque je m’y inclus !

Comme le chèvrefeuille est lié au mur sur lequel il s’enchevêtre et s’épanouit. À cette différence près que la littérature est l’ennemie des murs comme des frontières.

Après une soirée sur SOS Méditerranée et son bateau l’Aquarius le 26 novembre 2016, je m’étais demandé comment aider l’association à récolter des fonds. C’est alors que j’ai pensé que, grâce à Coup de Soleil, je connaissais un certain nombre d’auteurs et que je pourrais leur demander s’ils accepteraient de participer bénévolement à un recueil de textes sur les réfugiés. À de très rares exceptions près, ceux que j’ai contactés ont accepté et m’ont « offert » un texte original, un poème, une chanson, un chapitre de roman, un article etc. Cette cueillette littéraire m’a demandé un an, entre angoisse et joies, et fin novembre 2017, j’avais glané une cinquantaine de textes, quelques illustrations mais toujours pas trouvé d’éditeur. Ceux que j’avais contactés n’avaient pas le temps, voulaient choisir les textes ou m’offraient des conditions financières insuffisantes.

Au bord du désespoir j’ai alors contacté l’une des quatre « chèvres ». On était le 30 Novembre et je voulais que le livre paraisse pour le Maghreb des livres, début février ! J’avais conscience que ce que je demandais ressemblait à un travail de titan (titane?) mais le miracle a eu lieu. Après une discussion entre elles, les membres du bureau ont accepté le défi, et ma contribution a été agrémentée de quelques textes et illustrations supplémentaires. Grâce aux efforts et à quelques nuits blanches de Marie-Noël, le livre est sorti à temps pour le Maghreb des livres. Et depuis, il continue à avoir du succès et à rapporter régulièrement des dons à SOS Méditerranée.

Le tout dernier texte reçu a été celui de Maïssa Bey.

Vous ne l’avez pas encore acheté ? Il serait temps !

Oser

Aldona Januszewski

J’ai connu Étoile d’encre grâce à une amie, quand, après nous être perdues de vue, nos chemins se sont à nouveau croisés. Les séjours parisiens de cette amie, étaient pour moi une parenthèse enchantée. À chacun de ses passages elle m’offrait un exemplaire de cette revue dans laquelle elle publiait régulièrement. Une revue qu’on ne trouvait alors ni dans les librairies, ni dans les bibliothèques de mon quartier.

À ce moment-là de ma vie j’avais la tête dans le guidon. Comme tant de femmes, il me fallait vaille que vaille tout mener de front, survie, boulot, famille…

Alors au milieu d’un présent où la créativité et les rêves avaient peu à peu disparu, j’attrapais avec joie tous les petits bonheurs de passage. L’amie qui me rendait visite avec la revue, en faisait partie. C’était pour moi une halte au milieu des tempêtes, le souvenir heureux d’un passé révolu, une bouffée d’oxygène bienfaisante. Je feuilletais la revue au hasard de nos retrouvailles. J’en aimais la mise en page, l’alliance réussie des textes et des illustrations, la diversité des formes d’écritures, la liberté de ton, les éditoriaux incisifs et stimulants, qui à chaque fois donnaient envie d’en savoir plus.

Je voyais Étoile d’encre comme une revue de femmes centrée sur des textes et des problématiques liées principalement aux deux rives de la Méditerranée. Je n’avais pas remarqué que dans chaque numéro il y avait un appel à textes pour le numéro suivant.

Un jour, au détour d’une lecture, je découvre un appel à textes dont le thème proposé, « L’étranger », m’interpelle. Il fait écho au travail dans lequel je suis plongée à ce moment-là, un cycle d’expositions sur un artiste exilé, mon père. Le hic c’est que cet artiste étranger, ne vient pas d’une des deux rives de la Méditerranée, mais de l’est de l’Europe.

Je me dis alors que la revue accepterait peut-être un texte au sujet d’un artiste polonais que les aléas de l’Histoire et la deuxième guerre mondiale, ont conduit d’abord en France, puis en Espagne, au bord de la Méditerranée. C’est en effet à Barcelone que le mènent les chemins de l’exil. Il y reste quelques années, et à la fin de la guerre c’est là qu’il fait ses débuts artistiques avec deux grandes expositions, avant de décider de venir s’installer à Paris.

Or, si comme l’ont proclamé, pour des raisons différentes, plusieurs écrivains célèbres, l’Afrique commence de l’autre côté des Pyrénées, l’Espagne est un pont entre les deux rives de la Méditerranée. J’annonce donc à mon amie que j’aimerais proposer un texte sur mon père dans le prochain numéro de la revue. Mon amie ne l’a pas connu, mais apprécie son travail. Elle me soutient fidèlement dans mes projets d’expositions, et me répond : « Tu n’as qu’à envoyer ton texte au comité de lecture et tu verras bien ».

J’envoie mon texte, avec appréhension. J’ai peur qu’il soit refusé. Quand j’apprends qu’il est accepté, et qu’elle aussi va publier un texte sur mon père dans ce numéro, l’émotion me submerge.

Cette revue qui m’accueille, c’est tout à coup pour moi comme une renaissance, un retour vers la lumière, une lueur d’espoir au bout d’un long tunnel de combats quotidiens. Un rempart contre la solitude. Un peu plus tard je découvre comment, suite aux dix années noires traversées par l’Algérie, des femmes des deux rives de la Méditerranée, ont mis leur énergie et leur engagement dans un projet éditorial ambitieux, et porté à bout de bras une revue et une maison d’édition. Aujourd’hui encore, deux décennies plus tard, elles continuent, contre vents et marées, à offrir à des auteures, d’ici et de là-bas, un espace de liberté où les écritures dans leurs diversités, célèbrent la vie, et questionnent l’opacité du monde.

Depuis je rends grâce à cette amie rencontrée dans un pays, l’Algérie, où, sept ans après son indépendance, m’avait conduit l’enthousiasme de mes 20 ans. Je rends grâce à l’accueil chaleureux et attentif des éditrices d’Étoiles d’encre et de Chèvre-feuille étoilée, nouvelles amies chères, devenues ma famille de plume. Je continue régulièrement à proposer des textes, avec toujours le même plaisir teinté d’inquiétude. Arriverais-je dans les temps à produire quelque chose sur le thème proposé ? Est-ce que ça sera accepté ? Puis viennent les mots qui apaisent et réconfortent, dans les moments de questionnement et de doute, le bonheur des retrouvailles, seule, mais avec d’autres, sur le chemin de la vie.

L’obligation de finaliser un texte court sur une thématique précise dans un délai limité, est une contrainte difficile, pour moi en tout cas. Mais cette contrainte est aussi un moteur. J’attends avec gourmandise ces rencontres d’écritures, ces havres de petits bonheurs partagés, à l’occasion des salons et des lectures, que j’ai réussi peu à peu à apprivoiser. Le partage avec un public et la douce et joyeuse chaleur des échanges, sont des moments précieux, des bornes vivifiantes qui aident à sortir de la solitude nécessaire à l’écriture, et insufflent l’énergie de continuer.

« Sans cesse sur le métier remettez votre ouvrage… »

Alors à l’approche des 20 ans de la revue, un grand merci à vous chères éditrices. Merci pour toutes ces contraintes stimulantes qui se métamorphosent en une multitude de petits bonheurs, qui nous protègent des affres des tergiversations solitaires. Merci à vous mes amies de plume, des deux rives et des quatre points cardinaux. Sans nous connaître toutes, nous nous découvrons à chaque fois un peu plus, dans nos têtes à têtes de papier. Nos combats se glissent dans les interstices du langage.

Nous avançons avec des mots jaillis parfois sans crier gare. Au milieu des ténèbres du monde, chacune à sa façon, tente d’apporter un peu de lumière.

Juillet – août 2019

Avoir vingt ans 

Marie Malaspina

« Le bonheur est fait de tant de pièces qu’il en manque toujours une » dit Bossuet ce grand connaisseur de l’âme humaine.

Et quand le bonheur est là dans l’instant, il va, il vient, il s’envole et puis revient. L’amitié et l’écriture demeurent.

Dans la revue « étoiles d’encre », les textes écrits à partir des thèmes comme autant de bouteilles jetées à la mer pour imaginer des voyages immobiles en Érythrée ou en Scandinavie, avec un centre en Méditerranée. Cette béance nouvelle où se noient nos contemporains. 

Plus de colombes sur le toit du ciel. 

Alors les mots enfilés sur le fil du temps deviennent des filets pour retenir l’espoir.

De la grande agitation, retenir la transparence de l’écume en mouvement, l’ardent souci de devenir un peu plus de soie. 

Le monde ne répond plus que dans le bruit et la fureur, seule la plume peut organiser les regards et nous retenir d’attenter à nos jours dans la nuit de l’oubli. 

Produire la transformation esthétique qui ouvre des voies nouvelles.

Entendre les doux moments partagés, la clarté des visages, les rires au fond des bois avec marmottes, écureuils et renards, les pieds nus sur la mousse.

Sentir le paysage odorant où se mêlent lilas, giroflées et iris. Retrouver l’odeur du cédrat, du myrte, de la branche du dattier, de celle du saule pour réconcilier la variété des humains qui enchantèrent les dieux. Sentir l’ile respirée avant même que de la voir.

Goûter la peau et les lèvres de l’amant, souvenir resurgi d’un vieux tiroir fermé à clef. 

Vingt ans ont passé dans un souffle. 

Occupée des instants, des moments à écouter écrire d’autres que nous, dans les replis secrets des cavernes fugaces.

Vingt ans ont passé sans écueils grâce à la solide texture des éditions du Chèvrefeuille amarré aux énergies de Behja et de Marie-Noël.

Vingt ans ont passé où quand apparaissaient l’urgence d’agir et le sentiment d’impuissance, le pouvoir de l’écriture transformait le présent en alliance.

Entre maitrise de soi et création de soi, la médiation du récit nous construisait en sujet, affermissait notre identité, nous aidait à renoncer au drame comme évasion du réel. La plage des mots nous était acquise par la générosité de toutes celles qui faisaient exister les éditions. Loin des effets de manches et des plateaux, une maison d’édition donnait la parole aux femmes bien avant mee too et la révolution des réseaux sociaux.

Patient travail et entêtement fécond, l’espace intérieur et celui de l’échange grandissaient au-delà des frontières. Vingt ans s’écoulaient que nous n’avons pas entendu passer.

Dans le temps désormais compté, vivre la durée éternelle.

Mais vingt ans ?

C’est le large, la pleine jeunesse, l’espérance décidée.

C’est les mains ouvertes pour accueillir

La tendresse pour donner

L’élan de poursuivre,

Le meilleur âge de la vie quand peu à peu nous savons l’étendue de ce que nous ignorons.

Des galets organisés en sculpture au nord de l’Écosse par des mains anonymes, tout comme… ces femmes qui demain continueront à poser leurs mots pour rejoindre leur existence.

Une aventure collective dans ces temps de solitude raisonnée et résonnante où l’éthique devient indispensable à la respiration des êtres.

Une aventure collective qui nous a donné de la lumière.

Grenoble 17 mai 2019

Lettre d’Albert Camus à René Char

Isle-sur-la-Sorgue, 21 juillet 1956

… Plus je produis et moins je suis sûr. Sur le chemin où marche un artiste, la nuit tombe de plus en plus épaisse, finalement, il meurt aveugle. Ma seule foi est que la lumière est. Que la lumière l’habite, au-dedans, et qu’il ne peut la voir, et qu’elle rayonne quand même.  

p 148 in correspondances 1946/1959 Albert Camus – René Char Gallimard.

Une date à célébrer !

Sabine Péglion

20 ans d’engagement pour rapprocher les rives de la Méditerranée, donner la parole aux femmes, créer « un espace du dire et de l’écrire ». 

Moi qui suis née sur l’autre rive j’ai découvert à travers vous, avec bonheur des paysages, des êtres, des coutumes, un autre regard, ce qui multiplie notre approche du monde.

Vous m’avez accueillie, soutenue avec rigueur, enthousiasme et amitié. 

Merci à vous Behja Traversac, Maïssa Bey et Marie Noëlle Arras 

Longue vie aux Éditions Chèvre-feuille étoilée et à sa revue Étoiles d’encre.

10 + 10 = 20 ! (+ 10 = 30 ?)

Nic Sirkis

2000, naissance des éditions Chèvre-feuille étoilée.

2010, mars : rencontre de Marie-Noël Arras (au salon du livre où je vais pour la 1er fois, « L’Odyssée du grand Moka » sous le bras). Je repars de son stand avec « Célébration » sous l’autre bras (n° 41/42 d’Étoiles d’Encrehonorant les 10 ans de sa maison d’édition) et réponds quelques jours plus tard à « l’appel à textes » de la revue, en envoyant à tout hasard quelques textes pour le numéro suivant au thème flou : « Ce jour-là »… 

septembre : mail des éditrices m’invitant à venir signer au salon « L’Autre Livre » ma nouvelle « Clo » parue dans le n° 43/44.

2020, une décennie après la « bataille navale » porte de Versailles où, dans le quadrillage en abscisses et ordonnées des allées, j’avais abordé cet îlot de en D3-détroit CFE, me voilà intégrée dans l’S1-essaim solidaire. Autour de Behja & Marie-Noël, au sein de cette ruche,j’ai croisé une kyrielle de collègues de France, d’Algérie, d’Haïti qui sont devenues des amies, participé à la correction de leurs œuvres et publié 4 livres CFE et une cinquantaine d’articles dans les revues 43 à 80…

2030, en présentant « Patatras ! » mon texte-contribution au prochain numéro qui célèbrera le 20e anniversaire d’Étoiles d’Encre, je souhaite aux éd. CFE bon vent pour braver les tempêtes qui labourent les hautes mers en résistant aux requins qui les habitent, sans s’écrouler comme ma bibliothèque l’a fait, cet automne, dans un magistral Patatras !

Le 15 janvier 2020, Chèvre-feuillement vôtre, Nic Sirkis